Folies de Siene Serait-ce l'air qui est différent? Laissant de côté les vieilles batailles de clocher qui l'oppose à la cousine Florence, plusieurs signes laissent entendre que Siene soit un peu hors-norme. Les lieux connus sont déjà appréciés à leur juste valeur. Mais comme pour tout lieu commun, il faut creuser un peu pour découvrir tant de richesses supplémentaires... et le brin de folie siénois prend quelques degrés de fascination supplémentaires.
Un des meilleurs moyens pour connaître cette ville est d'arriver le lendemain du Palio et de voir la contrada (un des quartiers définis il y a de nombreux siècles) gagnante fêter parmi les ruelles et recoins d'un lieu interdit aux automobiles depuis bientôt quarante ans. Bien sûr, l'on finit par arriver sur les lieux du crime, piazza del Campo, et rester ébahi. Les perspectives, les jeux de lignes, les jeux d'ombres, tout semble se marier dans une géométrie parfaite. Et pourtant elle ne l'est pas. On se demande rapidement comment ils ont fait pour choisir de telles formes, concluant à la va-vite... force majeure: c'était ça la place disponible... Mais qui dit qu'un siénois ne se soit jamais posé le défi de prouver la perfection inhérante à la quadrature du cercle ?
En explorant ce bourg médiéval de valeur exceptionelle, où grandes dénivellées suivent ouvertures improvisées sur les vallées autour, tout devient une plaisante surprise.
Naturellement, aucun itinéraire ne peut éviter la piazza del Duomo et le Spedale di Santa Maria della Scala. Le déconseil serait pure folie... tout comme s'en arrêter là. Le patrimoine de cette cité est d'une profondeur inestimable. L'on peut y admirer diverses oeuvres de Duccio di Buoninsegna, grand peintre sienois du XIIè siècle, dans différents lieux: La Madonna dei Francescani à la Pinacoteca ou la Maestà au Museo dell'opera del Duomo. La bibliothèque comunale, ouverte au public, archive d'interessants documents. L'archive d'Etat (palazzo Piccolomini) conserve aussi d'importants trésors: pensons seulement aux actes administratifs qui, sur une période de quatre siècles, était l'objet d'oeuvres commandés aux grands artistes de l'époque pour décorer les recueils. Signe de l'importance des ressources disponibles pour de tels caprices.
Justement, de l'importance des ressources économiques... Pour de banals motifs, il peut vous arriver de rentrer dans une banque. Par hasard au siège de la Monte dei Paschi. En plein coeur du bourg médiéval, l'institution est logée dans un édifice restructuré afin maintenir intacte la valeur historique externe, alors qu'à l'intérieur on s'est attelé à créer un oeuvre architecturale contemporaine de grande fraîcheur. L'on ne se surprend point d'apprendre que cette banque entretient son propre musée avec trésors datant du Moyen Âge, outre aux documents vieux d'un demi-millénnaire.
Enfin la raison prend le dessus. Les rivalités entre contrada ou avec les cousins florentins ne seraient-ce qu'un microcosme de la nation même, de n'importe quelle nation ? À l'exception près que les siénois les portent à un plus grand degré de matérialisation... tout comme le brin de folie qui habite en chacun de nous!
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